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Les rois faibles

La tragédie des rois faibles, c'est leur bonne volonté qui berce le peuple de vaines illusions et qui finit par exciter la cruauté de la foule. Une fois déçue, cette bonne volonté déçoit elle-même, provoque la persécution de ceux dont la seule excuse est d'avoir cru bien faire et, sous couvert de salut public, précipite le retour de la force en politique . En somme les rois faibles ressemblent aux démocrates qui se prétendent "normaux": ils exposent leur pays à la violence.

Cédons à l'amalgame

Elevé par des prêtres catholiques dans une France qui n'a rien à voir avec celle où nous vivons aujourd'hui, je recommande hautement l'amalgame à propos des événements de Toulouse.

Comment puis-je montrer autant de témérité, quelle mouche me pique , peut-on ignorer ces appels à la vigilance venus de tous les bords ? Oui. Je craignais depuis longtemps d'en arriver là mais c'est fait, je cède à l'amalgame, je m'y abandonne, je m'y vautre, j'associe solennellement, résolument la religion chrétienne à la naïveté de l'agneau, je me rends à une évidence que je ne puis taire, ni conjurer plus longtemps : il existe un rapport étroit, constant et maladif (mais peut-être pas éternel) entre les Chrétiens et la patience.

Les Chrétiens sont inoffensifs depuis le 18ème siècle  dans la plupart des pays du monde, ils ne déclenchent plus de guerre de religions depuis des lustres, ils ne prennent personne en otage pour égorger leur victimes sur l'ordre d'un va-nu-pied, ils ne décapitent pas les ingénieurs des compagnies étrangères, ils ne posent pas de bombes dans les trains espagnols, ils ne précipitent pas d'avions sur les bâtiments, ils ne trafiquent pas de drogue tout en s'abstenant de manger du cochon, ils ne roulent pas à quatre sans permis dans une voiture volée, ils n'excisent pas leurs femmes,  ne les couvrent pas d'un sac de jute avant de les lapider,  ils ne tirent pas à bout portant dans la tête des enfants de leurs ennemis,  je fais donc clairement l'amalgame entre le fait d'être d'origine chrétienne et celui de s'abstenir de tout cela.

A Campagnol, on entendait un torrent qui jaillissait au pied de la falaise, le rugissement d'une machine agricole et le passage de l'avion Paris-Montpellier, mais on n'entendait pas le carillon du clocher. L'horloge était bloquée à treize heures, l'heure du journal télévisé de la mi-journée, l'heure où la France qui a le temps regarde s'agiter l'autre

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Les bennes de la honte

A l'heure où les tartuffes de la solidarité nous expliquent que la fin des aides alimentaires européennes représente 20 pour cent de repas en moins aux Restaurants du coeur ( et globalement une suppression d'un tiers des denrées distribuées)il est permis de prévoir et même de souhaiter que les auteurs du gâchis systématique auquel on assiste, depuis vingt ans, dans la Grande distribution, soient débusqués et jugés à titre individuel. Les documents, les preuves, les témoignages d'employés chargés de nourrir les bennes de la honte seront bientôt collectés comme le furent, après la guerre, en d'autres circonstances et sur d'autres sujets, les récits de ceux qu'on aura compromis jusqu'au crime.
Le sort de ceux qui ont ordonné la javellisation systématique de la viande, des légumes, des monceaux de céréales est déjà scellé. Quand le peuple aura faim ils finiront en prison.
Source.

De l'Est, de la peste et du reste (1992)

En ce moment le flot de l'horizontal domine, les firmes d'import-export font fortune, la distribution force partout la production, les grands réseaux massacrent les paysages, les courbes autoroutières sont tracées à l'échelle des continents, dans les vallées alpines les ponts enjambent les clochers, on multiplie les zones de fret dans les aéroports, et les camions de déchets de toute l'Europe filent en Italie pour y souiller les rivières. Les télévisions, les comportements, les économies deviennent interdépendants à un degré absurde, les ordinateurs boursiers conversent nuit et jour, dans notre dos, pour infléchir la tendance selon l'indice Nikkei. On attend la reprise aux Etats-Unis pour savoir comment vont se comporter les taux allemands qui ont eux- mêmes une incidence sur l'activité à Châteauroux.
Au terme de cette intégration croissante, on pourrait imaginer que tout repose sur du béton anti-sismique. Or il n'en est rien. (texte intégral ici)

Du balai dans le primaire

Quand un garçon de 14 ans tue à coups de poings une fille de 13, on est tenté de penser que même chez les loups une telle conduite ne serait pas légitime car dans les meutes non seulement les luttes n’opposent que les jeunes mâles, mais elles s’arrêtent au premier signe de soumission.
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La démocratie déteste le Peuple

Depuis trente ans tous les débats qui agitent la France  se ramènent à un seul: que pèse, finalement, la volonté du peuple dans son gouvernement ? En guise de réponse, sur les radios, tous les matins, on nous explique que le pouvoir agit pour notre bien, pour notre santé, notre prospérité, notre sécurité. Or la question que nous posons n'est pas là. Qu'on nous pardonne de la répéter, mais le gouvernement, quelles que soient ses raisons, agit-il conformément à ce que souhaite le peuple sur des questions aussi diverses que l'immigration, la sécurité des voitures, la vitesse sur les routes, l'éducation des enfants, les dépenses publiques et les actions militaires? A quand remonte le dernier référendum ? Quelle réponse a  t-on apporté à la question posée? Nos élus en ont-ils tenu compte ? Pourquoi, lorsque le Peuple est interrogé, ne lui propose t-on pas une feuille de dix questions auxquelles il devrait répondre par oui ou par non comme en Suisse ?
Parce que la démocratie déteste le peuple. Nous ne cessons de le vérifier : il suffit de considérer le costume de nos élus, leurs déplacements, leurs collections de montres suisses, leurs nuits d'hôtel, leurs avions, leurs maîtresses puisées dans le vivier médiatique, leurs enfants casés dès leur majorité, leurs voitures entretenues par le contribuable, lequel n'a généralement plus les moyens d'entretenir la sienne. La Porsche du cabinet de Strauss Kahn fait suite à une série de découvertes effarantes sur le train de vie de ses semblables.  Or ses semblables sont légion et cette légion légifère tous les matins.
Le caractère impitoyable de la démocratie se mesure en effet dans les règles qu'elle impose à ceux dont le revenu gravite autour de mille cinq cents euros mensuels. Ces règles seraient déjà douloureuses pour un pays riche or la France ne l'est plus. Quand on s'apercevra que les gens n'ont plus les moyens d'obéir à la loi, il sera trop tard, ils l'enfreindront, ils la changeront, et les historiens, comme d'habitude, courront après la bataille en prétendant qu'ils l'avaient bien dit. Regardez la date qui s'inscrit au bas de ce paragraphe et souvenez vous que certains l'avaient réellement dit.

Pitié pour les cheveux blancs

Le patron du FMI, que l'on  blâme d'avoir donné une mauvaise image de la France, donne avant tout une image détestable de sa classe d'âge. Il est vrai que démographiquement c'est la même chose. La France, comme la plupart des nations européennes, est un pays de vieux, or justement : si nous ne faisons pas l'effort de ménager la dignité de nos vieillards pour inspirer aux jeunes nations le respect des cheveux blancs, respect auquel elles sont naturellement portées , nous nous exposons, en tant que civilisation, à des humiliations permanentes. De même que Clinton, du temps de Monika Levinski, a causé un tsunami médiatique sur le thème "une fellation est-elle une relation sexuelle?", de même sommes-nous exposés à des mois de débats psychanalytiques sur le rapport entre le sexe et le pouvoir, débats où l'on verra surgir la tête chenue de ce poussah occidental bientôt emblématique, surtout s'il est établi qu'il a pratiqué le colonialisme sexuel sur une immigrante.

Piscines en ébullition

Ce qui vient de se passer au Japon révèle l'imprévoyance absolue et résolue dont nous avons fait preuve. Il paraît que le risque zéro n'existe pas mais, à cause  de ce cliché, l'opinion publique établit une confusion rassurante entre faiblesse du risque et portée des dommages. Or il existe un cas de figure où toutes les centrales de tous les pays se mettront en panne et donc en fusion, celui d'un accident électrique général dû à une éruption solaire exceptionnelle. On trouve partout des naïfs pour expliquer que les cuves seront protégées. Les cuves peut-être, mais pas les piscines, qui dorment dans des hangars non blindés, et au fond desquelles repose du combustible prêt à vaporiser l'eau qui l'entoure.

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La France de Campagnol

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L'homme qui se noie ne recherche ni la droite, ni la gauche. Il recherche l'endroit où l'on a pied.(...) Les soumis, les sacrifiés, ceux qui n'ont pas eu de chance forment la quasi-totalité des citoyens de notre pays mais tout est fait par et pour les autres à commencer par les lois qu'on leur inflige(...)Le Peuple coïncide dans l'imaginaire social avec les Banlieusards, qui n'en forment pas le dixième mais qui requièrent l'attention toute entière (...)Ces enveloppes sinistres où s'étale en noir et blanc le profil de Marianne sont devenues le cauchemar de millions de Français. Quand les dettes et les déceptions s'accumulent, la vie à la campagne accentue ce sentiment d'impasse car le recours aux soupes populaires, aux associations, aux comités d'entraide y est impossible, ne fût-ce que pour des raisons d'anonymat. S'il est   possible   de   cacher   longtemps   sa   déchéance   à l'ombre d'un clocher, une fois qu'elle est connue, c'est l’exil et parfois la mort qui vous attendent.(...)"Avant,  quand  vous  preniez  un   café  à la   machine automatique de la maison de retraite, il coûtait 2,50 francs et une semaine après, il coûtait un euro. En un seul jour, quelqu'un a gagné quatre francs de plus par café".

COMMENTAIRES DE L'AUTEUR SUR FRANCE-INFO

le Peuple ne coïnciderait plus

dans l'imaginaire social avec les Banlieusards, qui n'en

forment pas le dixième mais qui requièrent l'attention

toute entière.

Les Braves gens

Où sont passés les braves gens?

Les vertus qu'on leur prêtait naguère étant devenues, pour la plupart, des défauts (la discrétion, le patriotisme, la naïveté, la piété, la patience, la charité, l'économie, la prudence), on se voit contraint, pour les dépeindre, de contourner leur image et de s'excuser auprès des autres, comme si la curiosité à leur sujet était une faute de goût.La référence inévitable à la chanson de Brassens révèle pourtant une évidence: s'ils n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, c'est qu'ils forment la majorité. On ne saurait être ni rebelle ni dissident en s'élevant contre des opinions minoritaires et Brassens, en laissant courir les voleurs de pommes, sait très bien que la population les voudrait plutôt voir en prison. Donc, quand il prétend qu'il ne fait de tort à personne, il fait du tort à la vérité . Et la vérité est qu'il fait du tort à tout le monde.

Gens de Campagnol (Flammarion janvier 2012)

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Ouverture et rayonnement

« Etudiants étrangers indésirables: diplômés, recrutés, expulsés. Le Collectif du 31 mai exige le retrait immédiat de la circulaire Guéant. Non à la mort de la mobilité internationale, oui à l'ouverture et au rayonnement de la France. »

Cet extrait de banderole lu à Paris est à mettre en rapport avec la lettre que j'ai reçue d'un ancien professeur qui a pu observer, à l'université de Perpignan, un curieux manège dont le ministre de l'Intérieur est visiblement plus conscient que les Français:
Je voudrais te dire deux mots de ma faculté, et cette histoire pourrait peut-être intéresser ton ami journaliste.
Je suis donc inscrit à l'une des facultés de l'Université de Perpignan, Académie de Montpellier. Malgré mon âge, je suis devenu le délégué des étudiants! Bref, venons-en à mon énigme, que je résume volontairement par la formule réductrice et provocatrice suivante: ma fac est la plus importante filière de travail clandestin du département!

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Garçon? Un rince-doigts.

Le magazine l'Express éprouve le besoin cette semaine de soumettre au test de la page 99 le lauréat du Goncourt de l'année, L'art français de la guerre. Ce procédé consiste à piocher une page au moment où le ton d'un livre commence à faiblir. Là c'est le journaliste qui révèle une épouvantable faiblesse dans l'analyse, puisqu'il s'ébahit devant un extrait qui comporte une faute grossière.
"Le sang avait noirci, sa tête penchait sur son épaule, il avait les yeux clos et la bouche ouverte. (...) Les gens passaient devant le corps allongé sur la place. Les deux policiers un peu voûtés qui le gardaient essayaient de ne voir personne, cette garde les pesait, ils ne savaient comment soutenir les regards. Sur cette place trop grande et silencieuse, occupée tout l'hiver d'inquiétudes et de brouillards, on ne s'attarde pas."

Cette garde LEUR pesai
t était la forme correcte, comme dans LEUR pesait sur la conscience. La phrase en question est d'ailleurs d'une lourdeur qui mérite largement son surlignage en jaune.
Mais le style puéril de ce  journaliste finit par inspirer de l'indulgence à l'égard de l'auteur. Voici son commentaire :Divine surprise, on ne flirte pas avec l'art de la guerre, mais celui de la description.Ecrire, c'est comme dominer un Rubik's cube. Parvenir à imbriquer des mots simples, jusqu'à toucher l'harmonie du bout des doigts. Eviter le mélange de mots usités, pompeux, indigestes, consacrant un gloubiboulga cité en référence entre deux postillons dans certains dîners en ville. Ici, point de descriptions dantesques façon Voie Royale de Malraux.
Garçon! Un rince doigts.

L'indignation est en vente libre

L'auteur annonçait son retour en 2003 dans La revue littéraire : Parmi les phénomènes qui méritent qu’on adopte le ton du prophète aujourd’hui, il en est un que l’on doit pressentir , redouter et désirer tout à la fois : c’est le retour de l’indignation. La suite de l'article est à lire ici

Le denier de la sujétion

De timides articles sont parus récemment qui s'étonnaient du faible rendement de l'impôt sur le revenu . Ce système déclaratif qui rapporte 6 pour cent des recettes de l'Etat est maintenu malgré ce qu'il coûte et malgré son injustice, car les uns le paient trop, et la moitié ne le paient pas. Alors pourquoi le gouvernement y tient-il autant ? Ce n'est pas le gouvernement, c'est le Diable. Oui, l'impôt déclaratif fait les affaires du Diable. D'abord sans impôt sur le revenu le nombre de délateurs diminuerait tellement que le niveau moral du pays risquerait de s'élever. Ensuite sans ces feuilles volantes déployées  annuellement sur la table du salon, sans ces déductions, ces amortissements, ces justificatifs de frais réels, ces indemnités kilométriques, ces repas à 7.60, sans la mauvaise foi qui accueille l'analyse de tout cela, les représentants de la classe aisée ne pourraient pas être humiliés, une fois par an, au moment de la déclaration, pour être ensuite rappelés à l'ordre dès qu' il manque un papier. Ils n'auraient pas à retrouver leurs archives malgré les déménagements, les divorces et les aléas de la vie. En vérité l'impôt sur le revenu a pour objet la sujétion d'une partie de la population et c'est pourquoi son agonie se prolonge.

L'aiguille du Lepénomètre

"Entre les murs" , film-reportage tourné dans un lycée de banlieue, a décroché la palme à Cannes en 2008. Les Français qui sont tombés sur cette bluette un dimanche soir à la télévision nationale  n'entendaient pas tous, j'imagine, combler une lacune cinématographique. On peut même soupçonner que nombre d'entre eux n'avaient pas lu le programme. Jusqu'au dernier moment, ils ont donc cru qu'ils allaient voir un drame psychologique à la française, le genre huis-clos doux-amer etc, sans se douter qu'il s'agissait plutôt de psychiatrie des profondeurs et que, dans ce déballage de haines communautaires filmé en décors naturels avec le secours d'un tableau noir et d'un vocabulaire de cinquante mots, la France allait être si peu représentée, si peu concernée, si peu respectée. Le pays profond aurait dû rester dans l'ignorance de ce qui se trame chaque jour à son sujet dans un établissement rassemblant des jeunes Français à la nouvelle mode, ceux pour qui la Nation reste celle d'où ils viennent, et qui n'ont que mépris pour celle où ils ont grandi.

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